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Etre lu
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Nous autres, auteurs, sommes comme des arbres dans le jardin des Hespérides. A nos yeux, tous, nous donnons les fruits les plus merveilleux qui soient. Mais seuls, parmi nous, quelques pommiers ont les faveurs des visiteurs. Leurs pommes d’or sont réclamées par les foules tandis que sur nos branches, oranges et grenades sont délaissées et finissent par pourrir dans l’herbe de l’indifférence.

Posez la question "Pourquoi écrivez-vous ?" et vous aurez autant de réponses différentes que d’interlocuteurs. Mais il est un point sur lequel tous tomberont certainement d’accord : "J’écris pour être lu".
Cela étant dit, un doigt se lève et demande des précisions : "Ecrire pour être lu, bien sûr, mais comment être lu ? Comment mettre nos lignes sous les yeux du lecteur ?".
Avant d’examiner cette question, me revient en mémoire la réponse du Fureteur (ou peut-être était-ce le Fouineur ?) qui désignait, dans mon magazine illustré, le journaliste au placard qu’on avait chargé de répondre aux questions des lecteurs. Je me souviens qu’un jour, l’un d’eux lui avait demandé comment devenir agent secret. Et la réponse qu’il reçut fut la suivante : "Si tu n’es pas capable de trouver par toi-même ce qu’il faut faire pour être un agent secret, c’est que tu n’as pas les compétences pour en être un".
Je me garderai donc de poser à ce genre de bonhomme (probablement aigri par la tâche subalterne qu’on lui avait imposée) la question qui nous occupe ici : "Comment être lu ?"

On aimerait pouvoir dire : "Etre lu, mais c’est très simple ! Occupez-vous d’écrire, trouvez un éditeur et laissez les professionnels de l’édition faire leur métier".
Il faut être publié pour être lu. Pour un texte, pas de visibilité sans publication. Mais trouver un éditeur n’est pas une mince affaire. L’entreprise s’avère si hasardeuse qu’elle devient, à peine le livre en chantier, l’obsession de l’écrivain.

L’éditeur (par l’intermédiaire de son comité de lecture) est souvent le premier juge objectif d’un écrit. S’il sent dans le manuscrit un "potentiel", il en achètera peut-être les droits et mettra en branle tout un plan de campagne sophistiqué pour placer l’ouvrage chez les libraires. Si tout va bien alors, il versera à l’auteur des royalties sur les ventes. Simple et élégant !
Chaque éditeur possède des numéros ISBN (International Standard Book Numbers). C’est précisément ce qui définit sa profession. Il s’agit d’un numéro de treize chiffres qui identifie de façon unique, dans le monde entier, un livre publié.

Dans la masse des ouvrages à laquelle est confrontée toute personne entrant dans une librairie, si le choix du client va se porter mécaniquement vers tel livre plutôt que tel autre, en une sorte de réflexe pavlovien, c’est le résultat de la machine de guerre élaborée par les services du marketing de l’éditeur et relayée par les attachés de presse et les critiques avec la collaboration des libraires.

L’éditeur est d’abord un commerçant. Il doit veiller à la pérennité de son entreprise. Il a des charges, des salaires, des dividendes, des droits d’auteur à payer, peut-être une famille à nourrir, voire des pensions alimentaires à verser… L’éditeur est supposé savoir ce que le public attend et ne fait entrer dans son catalogue que des titres qui ont une chance d’attirer le lecteur.
C’est pourquoi, dans la masse de ce qui s’écrit, seule une infime proportion de manuscrits est prise en charge par le circuit des éditeurs commerciaux. Pour les autres, des alternatives existent.
L’édition à compte d’auteur imprime et publie un ouvrage à la charge (comme son nom l’indique) exclusive de son auteur. Les coûts comprennent le bénéfice et la marge de l’éditeur.
Les ouvrages publiés sont la propriété de l’auteur. Celui-ci garde tout le produit de la vente.
L’avantage : pas de sélection. Le contrat est simple : vous payez, vous êtes édité. L’inconvénient : en plus de votre activité d’écrivain, il vous faudra exercer tous le métiers de la chaîne éditoriale traditionnelle pour vendre vos exemplaires.
Disons tout de suite (et cela, malgré le contre-exemple historique de Marcel Proust) que si vous cherchez à bâtir une carrière d’écrivain ou si vous souhaitez que les gens que vous ne connaissez pas achètent et lisent votre livre, l’édition à compte d’auteur n’est pas un bon choix.
D’abord, la dépense peut être énorme. En effet, afin de garantir leur profit, les éditeurs à compte d’auteur (le terme "fabricants de livres" conviendrait mieux ici) chargent beaucoup plus que le coût de production réel d’un livre. Et il est rare que cet investissement financier soit récupéré avec les ventes. Même s’ils proposent parfois quelques circuits de distribution, les éditeurs à compte d’auteur n’ont aucun intérêt financier à "mouiller leur chemise" pour pousser un livre dans les mains des lecteurs - puisque tous les exemplaires ont déjà été payés par l’auteur.

Un autre type de contrat qu’on pourrait appeler d’édition participative laisse également à l’auteur les frais d’impression et de fabrication de son livre. Mais, dans ce type de contrat, l’éditeur prend une part de la charge en contribuant aux coûts et en proposant des services supplémentaires tels que distribution, stockage, publicité.
Théoriquement, les éditeurs qui proposent ce type de contrat opèrent, eux aussi, une sélection plus ou moins rigoureuse des manuscrits à publier. Car, à la différence de l’édition à compte d’auteur, les livres édités sont la propriété de l’éditeur. L’écrivain touche ses revenus sous la forme de royalties.

L’auto-édition exige, elle, que l’auteur prenne en charge non seulement le coût complet de la publication mais aussi toute la gestion de la chaîne éditoriale : marketing, distribution, stockage, publicité, etc. Il s’agit d’un contrat de type auteur-imprimeur plutôt que d’une prestation d’édition proprement dite.
L’auto-édition peut se révéler plus onéreuse que l’édition à compte d’auteur. Mais elle peut, in fine, aboutir à un produit de meilleure qualité. Les livres terminés sont la propriété de l’auteur qui conserve tous les résultats de la vente. Mais celui-ci doit prendre en charge tous les maillons de la chaîne éditoriale. Il est son propre distributeur et peut offrir à sa guise des ristournes et la reprise des invendus aux libraires avec qui il s’arrange de gré à gré.
A la différence des ouvrages publiés à compte d’auteur, les livres auto-publiés qui vendent un grand nombre d’exemplaires relativement rapidement (disons cinq mille exemplaires ou plus au cours de l’année de parution) peuvent intéresser les éditeurs commerciaux.

Si aucune des formules précédentes ne vous convient (leur défaut principal est d’obliger l’auteur à payer un stock d’exemplaires déterminé qu’il n’est pas certain de pouvoir écouler), il reste une autre option à considérer : l’impression à la demande. Cette solution est souvent plus simple et meilleur marché que l’édition à compte d’auteur. Dans ce domaine, la plupart des prestataires proposeront de mettre en ligne votre ouvrage dans des librairies virtuelles avec gestion des commandes clients et système de paiement sécurisé.

Mais, direz-vous, faudra-t-il donc toujours passer sous les fourches caudines de l’édition (sous quelque forme que ce soit) pour que mon texte trouve son lecteur ? A-t-on encore besoin de l’objet-livre pour être lu ? A l’âge d’Internet, l’écrivain ne peut-il pas s’affranchir de tous ces obstacles fastidieux qui retardent toujours d’avantage sa rencontre avec le lecteur ?
Sur la Toile, le lectorat potentiel est gigantesque. Comparez le nombre d’internautes susceptibles de cliquer un jour sur le lien menant à votre texte avec le nombre de clients qui entrent dans une librairie sans même savoir que votre ouvrage (qui porte pourtant sur sa couverture le nom prestigieux d’un éditeur réputé) l’attend humblement, noyé dans l’anonymat de la dernière rangée à gauche du rayonnage placé au fond du magasin.

Outre le fait d’exposer les textes au monde entier, un des avantages souvent mis en avant de la publication sur Internet est qu’elle permet à l’auteur de connaître sans intermédiaire, pratiquement en temps réel, les avis des lecteurs.
En effet, dans sa quête acharnée d’un éditeur traditionnel, l’auteur néglige souvent une chose : tester son texte sur un auditoire éclairé pour anticiper ce que j’appellerais le ressenti lecteur. Cela lui permettrait de se faire objectivement une première idée de la valeur de ce qu’il a écrit et de décider de sa future stratégie de publication. Il amortirait ainsi le choc des remarques décourageantes qui ne manqueront pas d’accompagner, pour qui sait lire entre les lignes, les arguties alambiquées d’une lettre de refus envoyée par un éditeur sollicité…

(Des images me reviennent en mémoire… Mallarmé le coude appuyé sur la cheminée du salon faisant lecture de ses derniers vers encore fumants… Le silence qui suit le dernier mot prononcé… L’angoisse d’entendre la voix d’une Fanny Stevenson vous reprocher avec raison "d’avoir manqué la dimension allégorique"...)

Sur Internet, les lecteurs jouent à peu près le même rôle que les critiques professionnels dans la chaîne éditoriale traditionnelle : celui de prescripteurs de bonne lecture. Certes, il s’agit souvent d’une critique partiale, sauvage, brutale, maladroite, encombrée d’avis à l’emporte-pièce, à côté de la plaque, ramassant le tout-venant des opinions, de jugements approximatifs, mal pensés, mal formulés, se contredisant d’une ligne à l’autre, s’annulant les uns les autres, quand ils ne sont pas bourrés de fautes d’orthographe et de syntaxe, parfois illisibles... A charge, pour l’auteur, de séparer le bon grain de l’ivraie dans tout ce galimatias. Avec un peu de pratique, il finira par repérer les interlocuteurs valables et pourra, à partir de là, bâtir le club de ses lecteurs auprès duquel il ira recueillir des observations dignes de foi. Grâce aux statistiques des visites - outre l’argument favorable qu’il pourra faire valoir à un éditeur potentiel -, l’auteur finira par acquérir une connaissance assez précise de son lectorat qu’il pourra orienter ensuite vers ses ouvrages de papier.

Via Internet, n’importe quel texte peut, théoriquement, trouver son lecteur : il suffit de taper un ou plusieurs mots-clés correspondant à ce qu’on recherche et laisser les moteurs faire leur travail. Ce qui s’avère souvent hasardeux. Ainsi, parmi les mots-clés qui ont permis de trouver le texte de Maurice Niffaels intitulé "Profession : poète", on trouve les requêtes suivantes : RMI, repas d’affaires, verres assiettes, préliminaires nécessaires, trieur de lentilles, gros globes,...
On imagine la déception du lecteur quand il se rend compte (quelques fractions de seconde lui ont suffi pour s’enfuir à jamais) que ce qu’on lui propose ne correspond en rien à ses préoccupations ! Et quelle déconvenue pour l’auteur ! Les lecteurs ne sont pas venus pour les bonnes raisons !

Les professionnels de la chose écrite (agences de presse, bibliothèques, librairies, laboratoires de recherche, journaux, centres de documentation,…) savent qu’Internet dispose de techniques plus subtiles que la balourdise des mots-clés pour trouver les écrits répondant à une demande. Ce travail souterrain, invisible, consiste à utiliser des agents logiciels capables de tisser des liens entre les œuvres, d’effectuer des calculs sur des composants de la matière textuelle pour proposer aux lecteurs des sélections pertinentes, complètes, inattendues.
La mise en place de ces dispositifs est technique. Ils s’appuient sur des méthodes sophistiquées de description de contenu et ne concernent les auteurs que dans la mesure où ceux-ci, par leurs écrits, fournissent le grain à moudre - avec, en retour, une démultiplication de la visibilité de leurs textes.
Pour le lecteur, l’utilisation de ces outils informatiques est simple, immédiate, intuitive, à la portée d’un enfant.
Grâce à ces technologies, le Web tout entier devient une gigantesque librairie ouverte à tous, dans laquelle n’importe quel contenu dérivant dans l’immensité de la Toile vient en quelque sorte se placer de lui-même sous les yeux du lecteur concerné.

J’ai lu récemment l’histoire de cette romancière qui, avec à son actif onze livres publiés chez un éditeur "ayant pignon sur rue", se plaignait amèrement de continuer à se voir ignorée du public. Elle mettait surtout en cause l’incompétence des attachés de presse qui répondaient à ses questions angoissées sur le niveau des ventes par de molles explications : les journalistes sont en vacances… il y a trop de livres qui sortent en ce moment… Les lecteurs, eux, étaient épargnés par les récriminations. S’ils manquaient à l’appel, c’est qu’on ne les avait pas informés de l’existence des ouvrages de la dame. Quelle méconnaissance et, finalement, quel mépris il faut avoir du public pour croire qu’il suffit d’envoyer des livres faire la danse du ventre devant lui pour que la partie soit gagnée !
A toute chose malheur est bon puisque cette femme de lettres (qui est également journaliste) a fini par acquérir une sorte de notoriété dans le rôle de l’auteur "publié et ignoré du public". Nul doute que pendant les émissions auxquelles elle participe, elle peut tout à loisir fustiger à la fois l’incompétence des acteurs de la chaîne éditoriale et l’indifférence des lecteurs - tout en faisant de la publicité pour sa propre boutique. Comme si la reconnaissance du public lui était due !

L’exemple de notre écrivaine aux-onze-romans-publiés-et-ignorés-du-public montre que si la publication sous une forme ou sous une autre est une condition nécessaire, elle n’est certainement pas suffisante pour être lu. Et la main de tout écrivain édité ne peut s’empêcher de trembler en traçant le mot pilon.

L’intérêt du lecteur ne se décrète pas. La formule du succès littéraire, comme celle du traitement de la calvitie ou de l’élixir de l’éternelle jeunesse, reste à découvrir. En attendant, il revient à chaque auteur de trouver la recette qui pour lui fonctionnera auprès de ses contemporains.

Derrière la question "Comment être lu ?" se cache, en fait, une autre question : "Pourquoi être lu ?".
S’il s’agit du choix d’un métier, la réponse va de soi : pour gagner sa vie. Et il semble indispensable, alors, de passer par un éditeur traditionnel et d’entrer dans le monde des livres par la grande porte du système éditorial. Mais tous n’ont pas en tête le plan de carrière d’un écrivain professionnel. Loin de là. Il y a bien d’autres raisons qui justifient qu’un homme (ou une femme) consacre son temps et son énergie à écrire. Il est des vocations qui s’imposent quels qu’en soient le prix à payer et les conditions d’exercice. Dans ce cas, les motivations doivent être vraiment sérieuses car les conséquences sur la vie privée sont lourdes. Le choix de la solitude est souvent une nécessité si l’on ne veut pas faire payer à son entourage (qui n’y est pour rien) la bizarrerie d’une vie vouée à l’écriture.

Il est un domaine où se focalisent toutes les frustrations des auteurs en quête de lecteurs. Il s’agit de la poésie. Il est intéressant de prêter l’oreille aux aspirants poètes car leurs griefs représentent sous une forme caricaturale la réaction habituelle des auteurs face aux difficultés qu’ils rencontrent à se faire connaître. Comme sous l’œil du microscope, s’y révèle de façon exagérée le même type d’argumentation que celle de notre "romancière-laissée-pour-compte-malgré-etc".
Les propos de ces jeunes poètes déclenchent d’ailleurs immanquablement dans un esprit irritable comme le mien un sentiment d’agacement - qui se transforme vite en colère… Pour leur répondre, une voix excédée s’élève en moi... Elle exige la parole… Ecoutons un peu ce qu’elle a à leur dire :
" Notre pays compte probablement plus de gens qui écrivent de la poésie que de gens qui en lisent… Vous qui vous dîtes poètes et vous plaignez que les éditeurs ne publient pas votre poésie, combien de recueils de vos collègues vivants avez-vous achetés dernièrement ?…

Arrêtez d’encombrer les forums de vos déclarations infantiles du genre : Je veux être lu par le grand public !. Le bon plaisir est la seule loi des lecteurs. Vous voulez être reconnus ? Etes-vous sûrs que ce que vous avez écrit jusqu’alors suffise pour que vous le soyez ?...

Vous avez des choses à dire ? Commencez par faire vos gammes. La langue est votre seul matériau. Maîtrisez-la pour en faire le plus créatif des instruments ! Apprenez la grammaire. Corrigez vos fautes d’orthographe. Que la métrique et la prosodie n’aient plus de secret pour vous !…

De nos jours, on ne peut plus écrire naïvement. Notre histoire littéraire est trop riche : les grands maîtres ont fixé très haut la barre de l’excellence… L’amateur de poésie est devenu exigeant : il réclame autre chose que des épanchements narcissiques servis bruts de décoffrage.

Lisez les poètes ! Tous les poètes ! Les poètes d’hier. Les poètes d’aujourd’hui. Les poètes d’ici. Ceux d’ailleurs… Et si, à la fin, vous trouvez qu’il y a trop de livres, n’y ajoutez pas le vôtre !…

On vous ignore ? On ne vous lit pas ? Quelle importance ? Allez la conscience tranquille si vous avez le sentiment du devoir accompli, la certitude d’avoir fait de votre mieux pour dire ce que vous aviez à dire et que ce que vous aviez à dire, vous seul pouviez le dire…

On peut être authentiquement poète juste une seconde dans toute une vie. C’est déjà beaucoup. Car cet éclair de pure poésie vaut souvent mieux que toutes les carrières des fausses gloires qui encombrent nos académies…

L’écriture est une des rares formes d’expression qui ne demande aucun moyen matériel. Un crayon. Du papier… Ecrire vous place d’emblée au cœur de l’être. Exercez votre art loin de tout schéma économique. C’est ainsi qu’émergent les vraies vocations…

Vous pleurez après les lecteurs ? Envoyez-leur vos textes par la poste ou par mail ! Collez vos poèmes sur les murs ou glissez-les dans les boîtes aux lettres, comme le font les marchands de surgelés !…

Vous estimez que ce que vous écrivez mérite d’être présenté au public et vous voulez être édités ? Faîtes-vous éditeurs ! N’importe quelle organisation – un particulier, même !-, avec un ISBN (voir plus haut), est un éditeur…

Et s’il vous plaît, arrêtez d’aboyer aux basques des éditeurs commerciaux ! Ce sont de vilains messieurs, l’affaire est entendue… Votre situation serait-elle meilleure s’ils n’existaient pas ? Faîtes en sorte de ne plus avoir besoin d’eux pour toucher le public !… Créez des coopératives d’éditeurs, des réseaux alternatifs d’auteurs, des clubs de lecteurs... Achetez-vous les œuvres les uns aux autres… A vous d’inventer vos solutions et de créer le modèle économique qui vous conviendra !…"

Parfois, quand je pense à tout ce qui s’écrit, à tout ce qui s’est écrit et à ce qui s’écrira encore, je vois des montagnes de mots s’étendre à perte de vue au-dessus de la terre. Et je me dis : à quoi bon ? A quoi bon rajouter ma voix à la multitude des voix qui cherchent à être entendues ?
Puis, je comprends qu’écrire, encore et encore, et publier –partout où on peut l’être-, ce n’est pas déverser je ne sais quelles déjections logorrhéiques dans un dépotoir déjà bien engorgé, mais c’est amener sa part d’air, de lumière, de formes, de couleur (n’y en a-t-il jamais trop ?) dans la vie de ceux qui nous liront. Non, il n’y aura jamais trop de livres ! Les peuples qui n’écrivent pas stagnent souvent dans la morne répétition d’un présent sans échappées.
Les livres ont leur destin. Etre lu, c’est apporter la preuve qu’un homme a su dire qu’il était vivant, que la conscience qu’il avait de son existence n’a pas disparu totalement avec lui, mais que, par-delà le Temps, sa voix pourra s’entendre encore dans le chœur des chantres de l’humanité.


© Jean Plasmans. 2009

 
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