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Foules en armes
par 
Présentation de l'auteur Maurice Niffaels
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Encouragé par Philippe Soupault à qui il soumet ses premiers essais poétiques, Maurice Niffaels abandonne rapidement le projet d’une carrière littéraire pour se consacrer à différents métiers.
Tournant le dos à l’image romantique de l’artiste professionnel tâcheron à plein temps du génie, Maurice Niffaels continue de produire, selon l’inspiration et l’humeur du moment, des textes qui reflètent l’exigence de vérité, de liberté et de luminosité qu’il recherche dans son rapport à la vie.

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Foules en armes par

Voici qu’éclatent les appels au combat
Les paroles guerrières sont prononcées
Et l’ultimatum lancé
Car des blasphèmes ont été proférés
Des lieux profanés
Des hérésies professées

Et c’est l’action suprême
La lumière paraîtra dans le ciel
Le tonnerre frappera leurs murs - Nous Te louons !
Ils périront sous les décombres - Nous Te louons !
Ceux qui ne croient pas seront punis
Et quand vous entrerez l’air aura goût de miel

Haine ! Haine ! Haine !
Pour abolir la distance ils passent les pierres numéraires des immensités vides
Haine sanglante ! Haine sainte ! Haine sacrée !
Des explosions surgissent sous leurs pas
Beaucoup sont fauchés
Mais la haine est le moteur : ils avancent vers l’inconnu
Affrontent en souriant l’épreuve divine

Par les vallées incultes le feu se lève
Partout le feu - Splendeur le feu !
Splendeur le sang ! Splendeur la mort !
Splendeur de toute action à Lui offerte !
La nuit s’enflamme
Il neige des anges -granulés de silhouettes hispides-
(Mais ceux-là ne sont pas des Frères)
Ventres, faces, flancs, crânes sont frappés et refrappés
La rage voile les yeux
Tronçons frappent encore
Moignons, boyaux, tripes frappent encore
Morts frappent encore
Frappent et refrappent encore, les âmes dans le ciel
Car tous brûlent du térébrant désir d’accomplir le divin hyménée

Halte dans la marche
Ils vont maintenant fouler l’herbe incrustée d’or
Et quand ils entreront l’air aura goût de miel
Salubre guerre : c’est l’acmé de leur vie
Ils recevront du ciel l’éternelle récompense
L’affouragement des caresses promises et des toisons ambrées

Mais moi, Seigneur, ma course s’arrête !
Voilà que je prends racine !
Malheur ! Je suis enraciné !
Ah ! Faut-il en plus que je maudisse mon propre ciel ?


© Maurice Niffaels.

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