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L'Indéfinition de la Littérature
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Présentation de l'auteur Sandrine Erdely-Sayo
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Sandrine Erdely-Sayo est pianiste, concertiste. Elle réside à Philadelphie, aux Etats-Unis. Lauréate de plusieurs concours internationaux en France, en Italie et aux Etats-Unis, elle reste, à treize ans, la plus jeune récipiendaire du Prix du Ministre de la Culture Français. Elle joue dans le monde entier en tant que soliste, en musique de chambre et avec orchestre. Après ses études au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et à l’Université des Arts de Philadelphie, Sandrine se consacre aux concerts, à l’enseignement, à la lecture et à l’écriture. Sa pensée philosophique s’accorde à son jeu pianistique et à sa pensée musicale. Elle prépare pour l’automne prochain un disque de musique française avec au programme des œuvres de Franck, Debussy, Ravel, Manen, Fauré et Poulenc.

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Plus d'informations sur L’Indéfinition de la Littérature 
Donner une définition quelle qu’elle soit est toujours difficile, mais définir "la littérature" restera pour moi impossible.

Ma définition de la Littérature sera de ne pas la définir pour ne pas lui donner une limite et la ranger dans des branches où elle risquerait de perdre sa pureté.

Je l’ "indéfinirai" pour lui conserver toute sa force, pour lui octroyer des fleuves à l’étendue incommensurable et lui préserver une valeur intrinsèque à sa propre définition ; je l’indéfinirai pour ne pas la déformer et pour protéger sa liberté créatrice grâce à laquelle l’infini de la pensée humaine, dans les joies et dans les peines, dans les souffrances et les colères, unira des lettres, formera des mots dans une aspiration immatérielle. J’inféode ce feuilleté de mots et cette cascade de lettres démêlées à une création continue dont l’évolution solidaire restera dans une diversité perpétuelle. Une évolution, qui, dans la langue française, a transformé le riche vocabulaire de Ronsard et de Montaigne en un vocabulaire moins étincelant, mais d’une grande clarté, Malherbes et Descartes en étant les fondateurs.

De l’art antique à l’art moderne, les styles littéraires se chevauchent et les périodes chronologiques ne sont qu’arbitraires pour unir l’écriture idéographique à l’écriture diastématique et pour préserver sa continuité, son infinité dans un temps défini ou indéfini. Notons que l’art contemporain nous ramène toujours à l’art ancien. Les formes et l’effervescence littéraires reposent sur les fondations d’une carrure architecturale sur laquelle nos grammairiens ont édifié une exigence de perfection, de discipline de la langue et de vérité d’expression.

En unissant les mots, les sons, les couleurs et les formes, la Littérature se dévoile par ses libres exigences du langage et par ses œuvres aux teintes originales, aux formes nouvelles afin d’atteindre le cœur et l’esprit. Elle n’est pas une simple juxtaposition de mots, mais elle voisine avec l’art des sons en bonne intelligence. Je pourrais même par l’invention et l’imagination lui attribuer un "littélyrisme" universel. La Littérature ou l’éloquence des écritures d’un art infini, dans sa genèse progressive, donne la vie aux mots, aux sons, à une histoire, à des mémoires dans une éclosion naturelle et quelquefois surnaturelle.

Dans ses anagrammes, elle est "Art et Rituel" tout en sachant que le "Rite tue l’Art". Puisque l’Art consiste à différencier les monuments de la Littérature, qu’elle soit historique, scientifique, poétique, musicale, philosophique, je lui laisserai le loisir de la définir dans un épanouissement de connaissances illimitées.

Avec une strophe, une antistrophe et une Epode, chassons d’une douce apostrophe toute catastrophe qui pourrait abîmer nos belles-lettres.

Tant qu’il y aura des hommes qui parlent avec leur âme, tant qu’il y aura des âmes qui peuvent s’exprimer, tant qu’il y aura le respect de l’esthétique et de l’utilisation des différentes formes et des structures du langage, nous pourrons préserver notre chère littérature dans "l’indéfinition" des caprices de notre imagination.

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