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Squalea
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Présentation de l'auteur Walter Ruhlmann
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Walter Ruhlmann est né en 1974 à Caen. Il vit au Mans et enseigne l’anglais.
Il a vécu en Grande-Bretagne de 1995 à 1997 entre deux périodes universitaires.
Il a commencé à éditer une petite revue de littérature depuis Cirencester, Grande-Bretagne, qui a été publiée jusqu’en 2000.
Elle est devenue à partir de 2002 une revue en ligne mgversion2>datura à l’adresse http://mgversion2.free.fr.
Walter Ruhlmann a publié quelques recueils de poésie et continue d’écrire de la poésie – publiée en ligne ou en revue – en français comme en anglais, et des nouvelles.

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Squalea par

Guillaume était devenu un grand guerrier dans l’industrie pharmaceutique, un chef de tribu à la tête d’une dizaine de collaborateurs qu’il menait sous sa coupe. Guillaume était puissant dans son microcosme particulier de vendeurs de drogues légales en tous genres. Il faisait profiter cette entreprise de tout son savoir faire de commercial aux dents pointues.
Intransigeant, il ne laissait pas passer l’ennemi sur ses propres champs de batailles et ouvrait de nouveaux marchés qu’il gérait comme de vrais camps militaires, tel un général en chef dans son contexte le plus familier.Guillaume n’avait pas réussi que sa vie professionnelle. Il avait fondé une famille, son épouse lui avait donné deux beaux enfants, beaux comme lui, intelligents, presque autant que lui. Il était un homme comblé mais jamais satisfait totalement, jamais tant que ses plus profonds désirs de conquêtes n’étaient pas exaucés.
La voiture qu’il conduisait tous les jours pour aller au travail, dans ce grand complexe gris acier et verre poli, il en changeait tous les six mois, pour être toujours à la pointe de la sécurité et de la modernité. Il ne tournait jamais en rond, sans nul besoin d’un sens de l’orientation inné de toute manière, il équipait son véhicule du dernier GPS offert par madame à chacun de ses anniversaires. Anniversaires dont il évitait de trop faire état en dehors du cercle familial de peur d’être confondu un jour et expédié là où vont s’entreposer les hommes devenus trop vieux aux yeux des décideurs qui lui auraient préféré un remplaçant moins âgé et aux dents encore plus longues, nombreux sous ses climats squaliformes.
La maison respirait elle-même la réussite, grande, lumineuse, spacieuse, il y évoluait comme dans un grand aquarium où il était le seul prédateur.Au bureau c’était différent. Il y avait surpopulation. Il y avait une surenchère implacable. Mâles et femelles se confondaient et se déchiraient. Ils étaient en compétition permanente, jamais rassasiés. Chaque jour, il leur fallait de nouvelles proies, de nouveaux marchés. Montrer qu’on n’était pas cuit. Monter qu’on en voulait toujours plus. Qu’on en voulait encore. Qu’il restait une raison d’être là. Et Guillaume menait la danse, surveillait tout cela de très haut. Il était chef, et en bon chef, il devait rester bien sûr informé des nouveaux produits et avait d’ailleurs parfois son mot à dire sur les recherches menées par le laboratoire. A quoi bon essayer de vendre un produit qui de toute façon ne fonctionnerait pas ?
A lui seul, il avait fait tomber plusieurs têtes, jamais sans y réfléchir à deux fois, mais quand il fallait nettoyer les fonds, il n’y avait pas à tergiverser. Ainsi en allait-il, de son point de vue. Et ces balayages lui avaient valu d’autres félicitations et de nombreuses promotions. Mais aussi pléthore de rancoeurs et d’animosités. Le nouveau directeur de recherches n’aimait pas beaucoup Guillaume. Il y avait certes de quoi, mais il le lui rendait bien. Ils se ressemblaient pourtant tellement. Leur collaboration de façade ne laissait personne dupe, mais elle était nécessaire au bon fonctionnement de l’entreprise. Ils avaient chacun leurs savoirs et leurs savoir-faire sans lesquels tout cela n’aurait pas été bien loin à en considérer la concurrence haineuse et jalouse.
Chacun d’eux avait déjà reçu plusieurs propositions d’embauche pour telle ou telle autre firme, opposantes de celle pour laquelle ils travaillaient actuellement. Aucun n’avait répondu. Une fois Guillaume s’était laissé tenter. Il avait contacté le chasseur de têtes. Mais la conversation avait tourné court. Les manœuvres qu’on lui proposait pour échapper à son employeur actuel lui avaient fortement déplu. Il avait donc une certaine conscience, une certaine déontologie. Une éthique. Une âme même peut-être.
Le directeur de recherches l’avait convoqué – ou plus exactement invité – à venir découvrir les nouveaux produits sur le point d’être achevés. Guillaume bien sûr suivait de près les évolutions de l’élaboration des produits sur lesquels les scientifiques engagés par le laboratoire se penchaient, mais il y avait néanmoins quelques étapes auxquelles il devait être convié. L’annonce des projets afin de donner un premier avis notamment sur la communication ou non aux média des dits projets, sur leur faisabilité commerciale, à savoir : les projet seraient-il suivis par les clients et les investisseurs bien sûr ; la mise en route des projets de recherches et surtout leur aboutissement avant de pratiquer les tests cliniques. A ce stade, il disait souvent peu de choses, se permettait peu de remarques. Il savait se taire pour ne pas se faire coincer sur un terrain où il ne se sentait pas en sécurité. En revanche, tout le reste lui revenait, une fois le produit homologué, c’était à lui qu’on devait s’adresser pour mettre en place toute la stratégie de vente. Et ce stratège était imbattable. Marquer des points, même en donnant quelques coups bas, gagner des parts, remporter le match, vaincre au combat. Il y parvenait chaque fois. Il n’y avait pas de raison pour que cela change. Parmi les nouveaux produits auxquels il avait le plus crus et donnés de crédibilité en figurait un, un tonifiant avec ceci de particulier qu’il permettait non seulement de tenir la longueur de journées harassantes mais de s’en remettre très vite et de ne plus dormir pour cela que quelques heures par nuit.
Simplement, la fabrication de ce produit coûterait très cher car il fallait s’approvisionner en matière première, et cette matière-là engagerait de nombreux frais, car il ne fonctionnerait que si le composant principal n’était pas synthétisé et restait le pur produit de Dame Nature.
La base en était simple, le principe actif était répandu partout dans la nature et servait déjà l’industrie pharmaceutique. Un isoprénoïde du joli nom de squalène. Pour faire simple, les isoprènes sont des corps gras, des lipides que l’on trouve un peu partout, des huiles végétales au sébum capillaire. Ce squalène compose à quatre-vingt dix pour cents le foie du requin et lui permet non seulement de se stabiliser dans l’eau mais il s’en sert également de réserve énergétique. Une autre particularité du squalène est d’absorber l’oxygène, mais cette absorption n’est significative que chez le requin justement. L’équipe de chercheurs avait donc bûché quelques mois durant pour mettre au point la pilule miracle aux coups de pompes et aux états de fatigues lancinants. Et la voici qui n’avait plus qu’à passer tous les tests cliniques pour ensuite espérer une homologation. Guillaume avait d’ailleurs déjà anticipé sa réflexion quant au lancement du produit et avait pensé à plein de bonnes idées marketing pour en faire la nouvelle poule aux œufs d’or de son entreprise. Il fallait bien évidemment éviter de trop grosses répercussions du coût de production sur le prix de vente, même si cela était inévitable. Guillaume sentait depuis quelques temps des tensions grandissantes, la fatigue – physique pour beaucoup, nerveuse pour tous – envahir les membres de son équipe et les rendre vulnérables et moins performants. L’un d’entre eux, il n’avait pas fait long feu après cet incident, avait même trouvé le moyen de perdre tout un dossier de contrats. Cet employé avait débuté comme stagiaire, cette situation avait d’ailleurs duré trop longtemps à son goût, mais Guillaume avait eu foi en lui. Il avait donc tout fait pour le garder parmi son équipe et lui avait proposé une embauche pour un temps déterminé avant, peut-être, une embauche définitive. Il n’en avait pas eu le temps.
Au cours des quelques semaines après son intégration à l’équipe en qualité de salarié, ce garçon avait fait son maximum pour ne pas décevoir Guillaume et surtout ne pas lui faire regretter d’avoir su lui accorder autant de confiance. Jusqu’à ce jour lamentable où il égara ce dossier à l’extérieur du bâtiment. Sans doute entre les caves et le parking de l’entreprise. Suite à une brève enquête interne, il s’avéra que la jeune recrue s’était liée avec une collaboratrice du directeur de recherches et qu’ils s’offraient, de temps à autre, sur le temps de travail, quelques plaisirs charnels dans les sous-sols de l’entreprise.
Fumeurs, ils se dirigeaient toujours, après leurs ébats, vers le parking où il était autorisé de fumer. Après cette mésaventure, Guillaume proscrit tous les fumeurs de son team d’abord pour éviter de perdre du temps au travail, mais également pour ne plus connaître une telle péripétie. Guillaume et le directeur de recherches accordèrent également leurs violons pour augmenter l’étanchéité entre leurs services. Eux seuls et quelques personnes de confiance auraient désormais l’autorisation de se déplacer d’un service à l’autre. Là encore pour éviter tout problème de ce genre.
Guillaume avait conscience de travailler pour une entreprise déshumanisée et savait tout aussi bien qu’il participait à cette déshumanisation. Mais il n’était pas là pour donner dans le sentimental, sa tâche première était de faire gagner de l’argent à ceux qui l’employaient et d’en rapporter lui aussi un maximum à la maison, pour son bien-être et celui de sa famille.
Il ne pouvait pas se permettre un nouvel échec. Non seulement cela aurait pu être fatal à sa réputation mais aussi à sa carrière. Aussi, pour remettre tout le monde d’aplomb, il entreprit d’utiliser son staff comme cobaye. Puisque la production de cette pilule serait coûteuse, il fallait tirer les marges là où on en avait encore la possibilité. Et si l’on pouvait se passer de cobayes volontaires qu’il fallait en plus rémunérer…
Avec quelques pressions inscrites en filigrane dans les mots, l’équipe de Guillaume accepterait ce sort sans broncher, leur emploi sous entendu mis en jeu. Le mieux à faire serait encore de ne rien dire à personne et de mettre au point son plan dans le dos de tout le monde. Mais cela était impossible. D’abord, il risquait trop gros si son tour était mis à jour. Ensuite, pour être homologuée, la molécule devait être testée cliniquement et non pas n’importe comment. Elle devait montrer patte blanche et n’être responsable d’aucun effet secondaire grave, voire mortel. Le mieux fût qu’elle en soit totalement dépourvue. N’était-elle pas faite pour le bien-être des personnes et non l’inverse ?Il fallait donc qu’il convainque le directeur de recherches ainsi que son supérieur, le Président du groupe.S’il ne pressentait aucune difficulté à convaincre le second, le premier l’inquiétait beaucoup plus. Peut-être pouvait-on se passer de son avis dès l’instant où le Président était tenu informé et donnait son aval ?
Guillaume décida donc de commencer par obtenir l’agrément du Président et de décider avec lui quelle serait ensuite la meilleure marche à suivre. Et pour ce faire, quoi de mieux qu’une invitation à dîner. Les épouses respectives seraient tellement heureuses de se retrouver après ne s’être pas vues depuis plusieurs semaines déjà. Quant aux hommes, ils auraient du coup tout le loisir de parler affaire autour d’un dîner préparé avec soin et tendresse par Madame. Guillaume prit donc son téléphone et après être passé par le secrétariat de Monsieur le Président, il put enfin lui parler et l’inviter à son domicile, accompagné de son épouse, pour dîner, un soir, afin de l’entretenir d’un projet qui lui tenait à cœur et qu’il préférait aborder en un autre lieu que l’entreprise.
Rendez-vous fut pris pour la semaine suivante, ce qui laissait suffisamment de temps à Guillaume pour préparer son terrain et réunir tous les arguments afin de convaincre au mieux le Président. Quoiqu’il en advienne, et sans pour autant se vanter, Guillaume savait depuis longtemps que le Président était de son côté, qu’il se l’était mis dans la poche et que de le convaincre de le suivre dans cette incroyable manœuvre serait aussi facile que de lui laisser croire qu’il était doué au golf. Bien sûr Guillaume prévint son épouse de ce dîner si important pour lui et pour l’entreprise, bien sûr il lui fit l’amour comme jamais pour la contenter et achever de l’encourager à mettre en œuvre tout son savoir-faire de femme pour que la soirée fût un succès et serve de cadre propice à la conclusion d’une entente entre lui et le Président. Bien sûr il travailla comme un forcené de son côté pour être préparé au mieux et que tout ce qu’il aurait à annoncer et proposer à son supérieur glisse comme de l’eau sur la peau d’un squale. Le dîner eut lieu. Le repas était savoureux et le charme de l’hôtesse ne fit qu’ajouter au bien être des invités. Guillaume obtint ce qu’il souhaitait sans aucune difficulté, avec même plus d’aisance qu’il ne s’y était attendu. Le directeur de recherches serait écarté du secret, écarté du projet tout court pendant quelque temps. Il fut même fort étonné d’entendre le Président avouer que le moyen le plus efficace d’amener les employés à participer d’eux-mêmes à l’expérimentation était de ne pas leur en parler du tout. Ce qui éviterait d’ailleurs toute fuite vers l’extérieur, notamment dans la presse, d’un stratagème peu scrupuleux qui risquerait de mettre à mal une entreprise installée et dégageant un maximum de bénéfices.
Pour administrer la molécule aux employés du service commercial, il fut conclu qu’au café soluble distribué par la machine de l’étage où se trouvaient les bureaux de l’équipe de Guillaume serait ajoutée la dite molécule. Seuls les cafés servis sucrés en seraient additionnés. Cela permettrait d’avoir un partage équitable entre les salariés sur lesquels l’expérience serait menée et les autres.
Le lendemain, le directeur de recherches reçu une lettre de mise à pied. Cette procédure était devenue si simple depuis la disparition presque complète du code du travail. Il sortit furibond de son laboratoire et croisa Guillaume devant l’ascenseur. Guillaume l’interrogea du regard. L’autre lui tendit la lettre qu’il venait de recevoir. Guillaume prit un air faussement attristé et lui posa la main sur l’épaule. Lorsque le directeur de recherches disparu dans le ventre de la cabine, Guillaume esquissa un large sourire mordant dévoilant ses dents blanches et carnassières. L’expérience pouvait commencer.
Notre malheureux directeur de laboratoire rentra chez lui dégoûté de tout et encore sous le choc d’un ordre hiérarchique qu’il avait du mal à saisir. Bien sûr, les dernières recherches avaient eu du mal à sortir des éprouvettes, mais était-ce sa faute si les meilleurs scientifiques avaient depuis longtemps déjà quitté le pays ? Il savait aussi qu’il avait à son compte quelques belles découvertes. La dernière était bien la molécule issue du squalène. Certes, les expérimentations auraient dues être mises en place depuis longtemps mais il avait fallu s’assurer d’abord qu’aucun effet secondaire ne touchât les animaux auxquels on avait injecté la molécule. Les souris avaient tenu le choc, les lapins aussi, les chats n’avaient donné que de bons signaux, les réactions des primates étaient de bon augure. Mais combien de temps fallait-il attendre pour être sûr que rien de néfaste ne puisse arriver ?Il consulta les notes de ses recherches et les dossiers dont il gardait une copie à son domicile. Il eut un moment d’hésitation puis décida de se remettre au travail seul, de son côté.
Dans les semaines qui suivirent, l’une des collaboratrices du directeur de recherches vint lui rendre visite comme elle en avait coutume de temps à autre. Elle était peut-être mariée, mais son couple ne lui donnait plus aucune satisfaction. A son mari, elle expliquait que le laboratoire avait parfois besoin d’elle pour achever des recherches en cours extrêmement importantes. Elle ne pouvait pas s’étendre, elle était tenue au secret professionnel. Il n’était pas naïf, mais après tout cela lui permettait de s’occuper de son côté. Elle se doutait que ce n’était peut-être pas la meilleure période pour en obtenir de la part de son ancien supérieur, mais elle tenta tout de même le coup. Elle n’avait d’ailleurs pas eu de nouvelles de lui depuis quelques temps déjà. Depuis sa mise à pied en fait. Elle voulait aussi l’entretenir des derniers évènements survenus dans les locaux de l’entreprise, au service commercial. Certains employés avaient eu quelques problèmes respiratoires qui avaient d’abord alarmés la direction mais n’avaient finalement eu aucune suite. Une employée de ce service, grande consommatrice de café et pilier du distributeur automatique, avait même dû être arrêtée quelques jours après avoir développé une allergie dont l’origine n’avait pas pu être déterminée. Elle avait voulu prévenir les services sanitaires par le biais de son médecin traitant, mais elle n’en eut pas le temps. Dans la journée qui suivit son premier jour d’arrêt, elle fut renversée par une voiture dont le conducteur prit la fuite et ne fut jamais retrouvé par les forces de l’ordre. La jeune femme sonna à l’interphone de la résidence du directeur de recherches mais n’obtint pas de réponse.
Elle connaissait le code d’accès et malgré l’absence de réponse, elle décida d’entrer. Elle composa le code à quatre chiffres et deux lettres qui changeait tout les trois mois. Elle poussa la porte d’entrée et se dirigea vers l’ascenseur. Elle appuya sur le bouton d’appel et attendit quelques secondes. La porte s’ouvrit, elle entra dans la cabine et appuya sur le bouton de l’étage où se trouvait l’appartement du directeur de recherches.L’ascenseur s’arrêta. La porte s’ouvrit. L’appartement faisait face à l’ascenseur, à l’autre bout du couloir. Elle fut surprise de voir la porte de l’appartement entrouverte.Elle prit tout son temps pour parcourir la dizaine de mètres qui la séparait de cette porte mais cela lui parut pourtant aller très vite. Elle atteint la porte et resta devant elle quelques secondes de plus avant de frapper doucement.Toujours pas de réponse. Elle recommença. Même silence.Elle poussa tout doucement la porte et fit face à ce long couloir vide au bout duquel se trouvait la chambre du directeur dans laquelle leurs rendez-vous nocturnes les menaient toujours. Attenant à la chambre se trouvait une petite salle de bain. Une odeur moite et assez désagréable l’agressa. Elle se boucha le nez alors qu’elle entrait dans l’appartement. Elle avança toujours très lentement en ouvrant une à une les portes qui donnaient invariablement sur des pièces qu’elle connaissait bien mais vides. Elle finit par atteindre le bout du couloir sans trouver nulle trace de son amant. Elle resta encore plantée devant la porte de sa chambre avant d’oser l’ouvrir.La chambre était vide elle aussi mais cette infâme odeur lui indiqua qu’elle n’était pas loin de découvrir quelque chose d’abominable. Elle fit quelques pas de plus à travers la chambre pour se diriger vers la salle de bain.
Le spectacle qu’elle y trouva, l’odeur de plus en plus forte, devenue intolérable, la panique, l’inquiétude grandissante, l’émotion, la stupeur, tout cela mêlé ne lui laissa que peu de temps avant qu’elle ne perde connaissance.
Trois mois plus tard, l’ancienne maîtresse du directeur de recherches prit sa voiture pour se rendre au travail. Elle n’avait rien oublié mais pour essayer malgré tout, elle avait quitté son ancien employeur pour un autre poste dans une autre entreprise. En chemin, elle passa devant des pharmacies, des laboratoires d’analyses médicales, des poissonneries, des boutiques de vêtements spécialisées dans les sports nautiques, toutes ces enseignes lui donnaient la nausée, lui faisaient monter les larmes aux yeux et lui infligeaient le sentiment d’avoir été dupée par une machine avide de profits quoi qu’il en coûte et sans scrupule. Elle avait quitté le centre ville et s’engageait maintenant sur le périphérique qu’elle empruntait chaque matin et contre lequel elle pestait pour être toujours encombré.Au cours d’un ralentissement de la circulation, elle aperçut au loin le haut du bâtiment dans lequel elle avait travaillé auparavant. Et elle se mit à sangloter.

Pour éviter le scandale après cette terrible affaire, Guillaume fut d’abord licencié. Il perdit tout. Le Président avait dû se couvrir. Il y parvint, sans doute avec de l’argent, peut-être même récolté grâce aux nombreuses entrées de la nouvelle attraction qu’il avait fait construire à proximité de son entreprise, mais il y parvint et c’était bien le plus désespérant. La nouveauté dans l’entreprise, qui avait pris un sacré coup dans l’aile mais n’avait pour autant pas sombré, et intéressait même de très près les pouvoirs publics et notamment la Défense, un aquarium géant où évoluaient de véritables squales, plus vrais que nature.


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