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Amours militantes

AMMI

Elections présidentielles 2007. Comment, par amour pour Cécile, je me suis retrouvé  à coller des affiches pour Ségolène Royal.

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À la Maison des Associations, des silhouettes s'affairaient autour des panneaux électoraux. Agiles, efficaces, les corps oeuvraient en silence, sans perdre de temps.Chacun savait exactement ce qu'il avait à faire.

- Pour qui ils collent?, a demandé Philou.
- Vu le genre, ça doit être au moins des Le Pen..., a répondu Yann.

Comme on s'attardait trop, un des fantômes noirs a fini par nous repérer. Il a averti les autres.Ils se sont regroupés et ont avancé en ligne, les bras ballants, roulant des épaules, vers notre fourgon. On n'arrivait pas à voir leur visage. Ils essayaient d'abord de marcherlentement pour ne pas trop nous alerter. Mais à mesure qu'ils s'approchaient de nous, leur allure se faisait de plus en plus précipitée.Bientôt ils se sont mis à courir franchement en hurlant dans notre direction.- Mets la gomme!... Il ont l'air méchant!, a crié Yann.Philou a démarré sans attendre. Le long du boulevard de la République, ils étaient encore trois à courir à nos trousses. A cause des feux, des encombrements et des priorités àrespecter, on n'arrivait pas à les semer.La tête tournée vers l'arrière, Yann n'arrêtait pas de bourrer l'épaule de Philou en hurlant:- Accélère bordel!Devant nous, des voitures étaient arrêtées sur deux files. Nous voyant bloqués, les poursuivants arrivaient sur nous à fond de train. Philou donnait des coups de klaxon furieux et essayait de forcer le passage. Mais les voitures ne bougeaient pas. Un automobiliste passa la main à sa portière pour montrer que le feu était rouge et termina son geste par un doigt d'honneur.Il n'y avait plus qu'à monter sur le trottoir au risque d'écraser les piétons et à foncer à travers les parterres de fleurs qui nous séparaient de la contre-allée. La moitié du seau de colle que je tenais entre mes jambes a giclé sur nous.
Ceux qui nous poursuivaient ont traversé le carrefour mais nous étions désormais hors de leur portée.Par la vitre arrière du fourgon, on a vu s'éloigner trois diables dégingandés qui s'agitaient encore avec de grands gestes au milieu de l'avenue.Devant nous, la voie était libre. On a poussé un ouf de soulagement.
- Ils sont quand même dangereux, ces putains de fachos, a dit Cécile en essuyant tant bien que mal le liquide blanchâtre qui lui dégoulinait sur les cuisses. Vous imaginez s'ils nous avaient rattrapés?

- On repassera quand même à la Maison des Associations en fin de tournée. Ils seront partis. On recollera sur eux…, a répondu Yann.