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Le monde de Véro

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La vie de Véro, petite fille de parents divorcés, n’est pas de tout repos, entre son amour pour le bel Anthony et l'arrivée d'un nouveau papa.

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Véronique, que tout le monde appelait Véro, avait pour consigne de ne pas traîner à la sortie des classes et de rentrer directement à la maison.Trente minutes. Sa mère avait chronométré le temps nécessaire pour parcourir le trajet qui séparait l'école de l'appartement. Et le coup de téléphone qu'elle passait systématiquement de l'hôpital où elle travaillait laissait à Véro une marge d'à peine cinq minutes pour traîner un peu.Depuis sa naissance, Véro habitait seule avec sa mère dans un trois-pièces d'une HLM de la ville de Paris: une résidence du treizième arrondissement qui donnait sur un jardin public placé sous la surveillance d'un gardien en képi. D'année en année, l'environnement n'avait cessé de se dégrader. La rénovation brutale de ce quartier du Chevaleret avait vu la prolifération de nouveaux ensembles et l'afflux d'une population constituée en majorité de familles recomposées et de foyers sans pères.La mère de Véro craignait pour sa fille les dangers de la rue. Elle avait elle-même eu maille à partir avec les petits voyous qui, le soir venu, squattaient l'entrée de l'immeuble (plusieurs fois, ils lui avaient craché dessus, l'avaient insultée et menacée de la violer).Depuis, elle appréhendait le moment où Véro, rentrant seule de l'école, aurait à se frayer un passage parmi ces adolescents désoeuvrés aux réactions imprévisibles qui gênaient l'accès aux ascenseurs et aux escaliers.Sa mère voulait que Véro soit en lieu sûr avant l'arrivée de ce comité d'accueil qui ne se mettait définitivement en place que lorsque les adultes rentraient du travail, chassant des téléviseurs et des canapés cette encombrante progéniture.Malgré la mauvaise grâce de Véro à se plier au rituel téléphonique qu'elle jugeait stupide (Allô Chérie, tu es rentrée? -Ben, ça se voit, non?), elle s'arrangeait toujours pour être là à l'heure. Elle savait que, sans réponse après quelques tentatives restées dans le vide, les paliers successifs de la contrariété, de l'agacement et de l'hystérie seraient franchis et que sa mère furibarde et morte d'angoisse rappliquerait illico par le premier train en partance de Villejuif. Il valait mieux éviter.Aussi quand, ce jour-là, Jessica demanda à Véro d'attendre avec elle la sortie de la classe où se trouvait son grand frère Anthony, élève de troisième dans le même collège (de temps en temps, lorsque leurs emplois du temps coïncidaient et qu'il ne pleuvait pas, Jessica préférait rentrer en scooter avec lui), Véro eut un frisson d'épouvante à l'idée d'avoir à désobéir aux ordres maternels. Il le fallait pourtant car elle ne voulait pas risquer de perdre l'estime sourcilleuse de Jessica, sa nouvelle copine de classe, une brunette aux yeux de louve qui avait un piercing dans le nombril et qui ne craignait pas les garçons. Depuis que Jessica lui avait montré sur son passeport qu'elle était née à Miami, Véro ne jurait plus que par elle.La journée finie, les élèves aiment à traîner sur le trottoir en face de leur école, à la fois proches et hors de portée du lieu d'autorité et de contrainte qui fournit l'essentiel de leurs émotions, de leurs sentiments, de leurs sujets de discussion et de leurs souvenirs. Livres et cahiers serrés contre la poitrine, les deux filles attendaient là en papotant.

Lorsque, venant du fond de la cour, Anthony parut dans la lumière.